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ANNA SCHMUTZ

Comédienne

Dramaturge

Art-THERAPEUTE

Jeune enfant, mon rêve était de devenir plus tard « petit chaperon rouge infirmière ». Avec le recul, il me semble que cette fantaisie originelle a irrigué presque tout mon parcours…

Anna SCHMUTZ

FORMATION ATYPIQUE

Enfance :

A 8 ans, ma mère rentre un jour à la maison avec une vidéo du Bourgeois Gentilhomme joué par la Comédie Française et, là, c’est l’Illumination, la Révélation ! Tout me fascine : les acteurs, les costumes, les décors, la langue…Tout, tout, tout ! Je visionne cette vidéo de manière obsessionnelle et ma mère décide de m’inscrire à un cours de théâtre pour enfants. S’en suivent des cours pour adolescents, avant de commencer l’option théâtre au lycée (j’ai la chance d’avoir Anne Benoît, une des comédiennes de Françon, comme intervenante) et le chant. Parallèlement à ma scolarité, j’intègre le conservatoire de ma ville en section Art de Dire (dirigée par Alain Carré) et la formation lancée par Bonlieu, la Scène Nationale d’Annecy (formation coordonnée par Franck Berthier). Je fais des stages dont un, décisif, fondateur, animé par Tapa Sudana, merveilleux acteur balinais ayant joué dans Le Mahabharata de Peter Brook.

Jeune adulte :

Comme jeune adulte, je m’inscris en Lettres Modernes par correspondance avec Paris III et j’intègre la classe d’interprétation de Michel Cassagne au Conservatoire Populaire de Genève. Je fais d’autres stages, dont un qui change ma vie, avec Martin Horn, un des comédiens de Christopher Marthaler au Schauspielhaus de Hambourg. Alors que, à cette époque, je végète à Genève, mon prof n’arrivant rien à tirer de moi, Martin a une manière d’aborder le jeu qui me libère totalement: « Soyez mauvais ! Lâchez-vous ! Vous vous foutez du regard des autres ! », nous serine-t-il. Dès qu’il nous trouve trop sages, trop proprets, soucieux de nous-mêmes, il nous balance : « Tu sors et tu recommences ! C’est trop propre ! ». Martin est clairement un comédien de Marthaler : il faut assumer sa fantaisie, sa singularité, tout en travaillant sa technique évidemment. Ce stage me libère. Je quitte le conservatoire en cours d’année et je débarque à Hambourg…afin de faire le café aux comédiens de Horn qui, à cette époque, monte La Maison de Bernarda Alba de Lorca. Petit détail insignifiant pour la jeune fille enthousiaste que je suis : je ne parle pas allemand. Je deviens donc la pire assistante de Hambourg (ensuite pour Anja Vesper et Anja Gronau) mais, j’aime tellement ce que je vois en répétitions et sur les scènes hambourgeoises, au Schauspielhaus, au Thalia, à Kampnagel, que, c’est décidé : je reste.

MES DEBUTS DE COMEDIENNE

J’apprends l’allemand et je travaille en Allemagne plusieurs années : à Hambourg donc, avec Mathias von HartzMichael BandtAlexander Krebs, puis à Berlin, pendant presque deux ans, où je joue un petit rôle de cocotte française dans Lulu, mis en scène par Ostermeier à la Schaubühne. Je vis pendant plusieurs années entre la France et l’Allemagne, travaillant comme comédienne pour Franck BerthierAlain CarréClyde ChabotGabriel GaranAdel HakimPeter Beat WyrschArnaud Mazoratti. Et puis, alors que j’approche de la trentaine et que tout semble marcher pour moi, j’ai une crise de foi concernant, entre autres, mon activité de comédienne. Je ne peux plus tenir sur un plateau, j’ai le sentiment d’être inutile, de ne servir à rien, tout me semble vain, dérisoire. J’arrête presque complètement de jouer. Il faut tout reconstruire. Je décide de commencer des études d’Art-Thérapie à l’Université de Paris V puis de Psychologie à celle de Paris VIII. Je débute alors une analyse avec un vieux lacanien que j’adore, fan de Fred Astaire. Entre l’art-thérapie et l’analyse, c’est une nouvelle révélation, un nouveau chemin initiatique qui commence. 

DECOUVERTE DE L’ART-THÉRAPIE, DE L’ANALYSE…ET DE LA BORDE !

Après m’être échappée dans la fiction pendant des années avec le théâtre, l’art-thérapie et l’analyse me donnent progressivement les moyens de reconstruire un lien plus solide, conscient et articulé avec le réel. Et de me décentrer. J’effectue mon premier stage d’observation des institutions dans un CADA, un Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile. Puis ce sera le département de psychiatrie d’urgence de l’Hôpital Cochin. Pour les stages pratiques, ce sera l’association Je en Jeu et un collège parisien en première année. En deuxième année, je serai stagiaire à la CMME de l’Hôpital Sainte-Anne et à la prison de Rumieh (Liban) où j’aurai la chance d’avoir la grande actrice et exceptionnelle dramathérapeute libanaise Zeina Daccache comme référente de stage. A cette époque, je m’inscris à Badth, The British Association of Dramatherapistsassociation qui, grâce à ses formidables intervenants lors de son congrès annuel (notamment des dramathérapeutes britanniques et israéliens), me donne des outils que j’utilise aujourd’hui encore. Enfin, ce sera LA grande découverte avec mon stage à la Clinique de La Borde. A La Borde, je découvre la psychothérapie institutionnelle, pensée entre autres par Oury et Guattari, c’est à dire une manière de penser le soin et la psychose qui interroge et régénère autant l’approche psychanalytique que l’organisation du travail, les conditions de production du soin. Mon stage à La Borde m’enthousiasme tellement que je m’engage ensuite avec d’autres labordiens dans un travail éditorial dirigé par Olivier Apprill afin de publier les archives du GTPSI, Groupe de Travail de Psychothérapie et de Sociothérapie Institutionnelles (dont les premiers volumes sont disponibles aux éditions d’Une).

COMEDIENNE, ART-THERAPEUTE, DRAMATURGE

C’est à La Borde, en jouant avec les moniteurs et résidents psychotiques dans La Pyramide de Copi (mis en scène par Catherine Vallon) que je reprends goût au jeu. Après avoir fait tous les boulots possibles pendant mes études et fortement douté que Le Métier voudrait encore de moi, Frédéric Ferrer me donne ma chance. Je serai sa dramaturge sur Faust et Macbeth que nous monterons avec les patients de Ville-Evrard, où Vertical Détour, sa compagnie, est alors en résidence. Et puis il y aura la joyeuse expérience de Sunamik Pigialik, premier spectacle jeune public de Frédéric que nous avons tourné pendant 4 saisons. 

Depuis quelques années maintenant, j’écris du théâtre (Ce Pays, Mensch) et j’ai la chance de travailler comme comédienne (avec Frédéric Ferrer, Nathalie Remy, Franck Berthier, Jean-Patrick Gauthier, Anne Buguet) et dramaturge/regard extérieur (avec Marion Uguen). J’ai par ailleurs été pendant 4 ans dramathérapeute pour l’Association Bleu Soleil qui accueille de jeunes adultes handicapés et je suis intervenue pendant plus de 6 ans comme dramathérapeute dans le service du Professeur Marcel à l’Hôpital Sainte-Anne.

Aujourd’hui, je me consacre à l’écriture de ma troisième pièce et à mon premier projet 2.0: Marie-Clotilde s’adresse aux masses!

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